Les conceptions sur l'occlusion et les malocclusions ont souvent suscité des débats passionnés et ont engendré depuis de nombreuses décennies, des modèles scientifiques contrastés, pour ne pas dire contradictoires. Le Webster, dictionnaire généraliste américain, propose deux définitions de l'occlusion, la première étant : "the relation between the surfaces of the teeth when there are in contact", c'est-à-dire la relation des surfaces occlusales, lorsque les dents sont en contact. L'autre définition ajoute à la première une notion de dynamique puisque c'est l'action qui amène les dents des 2 arcades en contact : "the bringing of the opposing surfaces of the teeth of the two jaws into contact". N'oublions pas que l'étymologie du mot "occlusion" est associée au terme latin occlusio "fermeture". L'occlusion est assimilable en médecine à la fermeture d'un orifice ; c'est donc une action, un mouvement (incluant trajectoire et vitesse d'exécution) réalisé jusqu'à sa résultante. L'occlusion dentaire est donc à la fois un mouvement et sa résultante, c'est-à-dire les contacts dento-dentinaires.
De façon similaire, sur un plan physiopathologique, nous utilisons souvent le terme de malocclusion. Cette dernière peut être définie comme une anomalie de rapports dento-dentaires associés à des altérations de morphologies occlusales, ou encore à des surcharges occlusales. La malocclusion est en quelque sorte une image à un instant t, celle de contacts dento-dentaires considérés comme insatisfaisants, et ne tenant pas réellement compte du processus dynamique à l'origine même de ces contacts. Peut-être devrions-nous introduire un nouveau terme dans notre champ d'activité en occlusodontie, adapté à la réalité d'une dysfonction cranio-mandibulaire ou cranio-mandibulaire-posturale qui affecte, d'une part, le fonctionnement neuro-musculo-articulaire de l'appareil manducateur (articulations temporo-mandibulaires, système neuro-musculaire, l'articulation dento-dentaire), et d'autre part, le système postural (oscillations posturales, déglutition, stabilisation de l'extrémité céphalique sur le tronc). Incluant une notion dynamique et proprioceptive, deux critères neuro-musculaires sur le plan clinique sont particulièrement significatifs pour définir la présence d'une dysocclusion : une faible efficience musculaire lors de la fermeture (lors de la prise d'ancrage mandibulaire) et/ou un asynchronisme de contraction des masséters et des temporaux.
Redéfinir l'occlusion, et ses versants pathologiques, à travers la malocclusion et la dysocclusion, nous permet de mieux comprendre ses rôles multiples en neuro-physiologie (engrammes, schéma corporel, etc.), en physiologie musculaire (efficience, synchronisme de contractions, etc.), et en posturologie médicale (ancrage mandibulaire, capteur occlusal, système postural global, etc.). Sur le plan de la réhabilitation orale, les objectifs thérapeutiques en cas de reconstruction occlusale (prothétique et/ou orthodontique) devraient donc intégrer l'ensemble de ces approches dans le cadre d'une évolution des pratiques professionnelles.
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