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L'édito d'octobre
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La prévention bucco-dentaire, maillon faible des politiques de santé publique
Début 2025, la Conférence nationale de santé a publié un rapport alarmant sur l'état de la santé bucco-dentaire en France : inégalités criantes, prévention délaissée, accès aux soins encore trop limité. Pourtant, la formation initiale et continue est exigeante et approfondie, et nombre de CHRU comme de cabinets appliquent déjà les recommandations, par conscience professionnelle et par humanisme.
Les techniques existent, les produits sont disponibles. Mais la valorisation de ces actes préventifs reste dérisoire, quand d'autres, plus invasifs, demeurent plébiscités.
Qui prend aujourd'hui le temps d'évaluer un RCI, de mesurer un BEWE, ou de proposer une micro-infiltration proximale plutôt qu'une restauration mutilante ? Trop peu de confrères - non par manque de conviction, mais parce que le système ne le permet pas.
Et que dire des mutuelles ? Sous des airs de grands défenseurs de l'accès aux soins, elles orientent les patients vers des réseaux fermés et plafonnés, sans susciter la moindre révolte d'une population abusée par ce discours, qui n'y voit qu'une promesse d'économies.
Mais de quelles économies parle-t-on ? D'argent à court terme, au détriment d'une économie bien plus essentielle : celle du tissu dentaire, qui devrait être au centre des préoccupations de nos institutions publiques.
Derrière ce discours, l'objectif réel des mutuelles demeure inchangé : réduire leurs dépenses, encadrer les soins et maximiser leurs profits - au détriment d'une véritable politique de prévention.
La profession, elle, fait ce qu'elle peut, souvent avec conviction et humanisme. Mais pour avancer, il faut du courage politique : revaloriser les actes préventifs, reconnaître les thérapeutiques minimalement invasives et intégrer enfin l'hygiéniste dentaire comme un partenaire naturel et synergique du chirurgien-dentiste.
Car la véritable économie, ce n'est pas d'écrêter les honoraires, ni de glisser vers un système où la solidarité publique s'efface au profit des logiques assurantielles, mais bien d'éviter la maladie.
François Reitzer
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